C'était censé être une fête. Pour la première fois, la Coupe du monde se dispute sur trois pays, avec 48 sélections et des stades mythiques de Los Angeles à Mexico. Mais côté français, l'euphorie a cédé la place à la colère. Au cœur de la polémique : un calendrier que plusieurs membres du staff qualifient, off the record, de « mission suicide ».
Selon des documents que Mondial Actu a pu consulter, l'équipe de France parcourt déjà plus de 14 200 kilomètres durant la phase de groupes — un record pour les Bleus en Coupe du monde. Trois matchs, trois villes, trois fuseaux horaires : Toronto, Los Angeles, Mexico City. La victoire 2-1 contre le Canada, dimanche, a confirmé les craintes du staff médical.
Trois reports refusés par la FFF
Le staff médical aurait sollicité à trois reprises la FFF pour obtenir un report ou une permutation de matchs, arguant de risques accrus de blessures et de baisse de performance. Trois fois, la fédération aurait répondu par la négative, invoquant des « engagements contractuels » avec la FIFA et les droits télévisés.
« On nous demande d'être les ambassadeurs du football mondial, mais personne ne nous demande notre avis. On va jouer à Mexico à 15 h après avoir dormi à Los Angeles. C'est du grand n'importe quoi. »
Le Graët sous pression
Noël Le Graët, président de la FFF, a tenté de déminer la polémique lors d'une conférence de presse écourtée jeudi matin au Centre national de Clairefontaine. « La France est une grande nation, elle s'adapte », a-t-il lancé, suscitant un tollé sur les réseaux sociaux.
Le ministère des Sports a annoncé dans la foulée l'ouverture d'une « concertation » avec la fédération, sans toutefois évoquer une intervention directe. L'opposition, de son côté, réclame une audition au Parlement de la direction de la FFF — alors que les Bleus préparent déjà le match contre le Sénégal, le 24 juin.
Le syndicat des joueurs menace d'agir
L'UNFP, syndicat des footballeurs professionnels, a publié un communiqué particulièrement virulent vendredi. Il dénonce « un abandon des intérêts sportifs et humains des joueurs au profit de considérations commerciales » et menace d'une « action collective » si aucune réponse n'est apportée avant le match contre le Sénégal.
Didier Deschamps, habituellement discret sur les sujets institutionnels, a rompu le silence lors du rassemblement de l'équipe : « Mon job, c'est de préparer l'équipe. Mais là, franchement, on nous complique la tâche. » Des propos rares qui ont alimenté le feu médiatique.
Une polémique qui rappelle 2010
Pour de nombreux observateurs, la crise actuelle fait écho au fiasco sud-africain de 2010 — sans, pour l'instant, la grève de Knysna. Mais la combinaison d'un calendrier contesté, de tensions internes et d'une fédération sur la défensive inquiète une opinion publique pourtant habituellement mobilisée derrière les Bleus.
Un sondage IFOP pour Mondial Actu révèle que 62 % des Français estiment que la FFF « ne protège pas suffisamment » l'équipe de France. Depuis le coup d'envoi du Mondial le 11 juin, la polémique n'a fait que s'intensifier après le match contre le Canada.